HistoireHistory
La bataille de Poitiers (1356) The Battle of Poitiers (1356)
Le 19 septembre 1356, à Maupertuis, au sud-est de Poitiers près de l'actuel Nouaillé-Maupertuis, l'armée anglaise conduite par Édouard de Woodstock — le Prince Noir, fils d'Édouard III d'Angleterre — écrase une force française numériquement supérieure et capture le roi de France Jean II le Bon ainsi que son fils Philippe. Cette victoire, qui survient dix ans après Crécy, est un désastre majeur pour la monarchie française et ouvre une crise politique intérieure d'une rare gravité. À ne pas confondre avec la bataille de Poitiers de 732, qui opposa les Francs carolingiens aux Omeyyades, six siècles plus tôt et dans un contexte entièrement différent. On 19 September 1356, at Maupertuis, south-east of Poitiers near what is now Nouaillé-Maupertuis, the English army led by Edward of Woodstock — the Black Prince, son of Edward III of England — crushed a numerically superior French force and captured the French king John II 'the Good' and his son Philip. This victory, coming ten years after Crécy, was a major disaster for the French monarchy and unleashed an internal political crisis of exceptional severity. It must not be confused with the Battle of Poitiers of 732, which pitted Carolingian Franks against the Umayyads, six centuries earlier and in an entirely different context.
Contexte : la chevauchée du Prince Noir et la guerre de Cent AnsContext: the Black Prince's chevauchée and the Hundred Years' War
La bataille de Poitiers de 1356 s'inscrit dans le cadre de la guerre de Cent Ans, le long conflit dynastique qui opposa la couronne d'Angleterre et celle de France de 1337 à 1453, pour des raisons à la fois féodales — le roi d'Angleterre était vassal du roi de France pour ses possessions continentales — et successorales, Édouard III revendiquant le trône de France au titre de sa mère Isabelle, fille de Philippe IV le Bel. Depuis la victoire anglaise de Crécy en août 1346 et la prise de Calais en 1347, la France était affaiblie et humiliée. Le roi Philippe VI était mort en 1350 ; son successeur Jean II le Bon, sacré à Reims, cherchait à redresser une situation militaire et financière difficile. L'histoire du Poitou est intimement liée à ces tensions, le Poitou relevant nominalement du domaine des Plantagenêts depuis Aliénor d'Aquitaine.The Battle of Poitiers of 1356 forms part of the Hundred Years' War, the long dynastic conflict between the English and French crowns from 1337 to 1453. Its causes were both feudal — the king of England was a vassal of the king of France for his continental possessions — and dynastic, with Edward III claiming the French throne through his mother Isabella, daughter of Philip IV. Since the English victory at Crécy in August 1346 and the fall of Calais in 1347, France had been weakened and humiliated. King Philip VI had died in 1350; his successor John II 'the Good', crowned at Reims, was seeking to restore a difficult military and financial situation. The history of the Poitou is closely tied to these tensions, as the Poitou was nominally under Plantagenet lordship ever since Eleanor of Aquitaine.
À l'été 1356, Édouard de Woodstock — connu sous le nom de Prince Noir, sobriquet apparu dans les chroniques postérieures, probablement en référence à la couleur de son armure — entreprit une chevauchée depuis Bordeaux, en Gascogne. La chevauchée était une tactique de ravage systématique du territoire ennemi : incendies de villages, destruction des récoltes et des réserves, capture de prisonniers nobles contre rançon. L'objectif n'était pas d'occuper le terrain mais de ruiner économiquement le royaume adverse, de démontrer l'impuissance du roi de France à protéger ses sujets, et d'affaiblir sa légitimité politique. Cette chevauchée de 1356, dite « chevauchée d'automne », mena l'armée anglaise depuis la Gascogne à travers le Périgord, le Limousin et le Berry, vers la Loire.In the summer of 1356, Edward of Woodstock — known as the Black Prince, a sobriquet that appears in later chronicles, probably referring to the colour of his armour — launched a chevauchée from Bordeaux in Gascony. The chevauchée was a tactic of systematic ravaging of enemy territory: burning of villages, destruction of harvests and stores, capture of noble prisoners for ransom. The aim was not to hold ground but to ruin the opposing kingdom economically, to demonstrate the French king's inability to protect his subjects, and to undermine his political legitimacy. This chevauchée of 1356, known as the 'autumn chevauchée', led the English army from Gascony through Périgord, the Limousin and Berry, towards the Loire.
Les deux armées : forces et compositionThe two armies: forces and composition
L'armée du Prince Noir était une force expérimentée et soudée. Elle comprenait des hommes d'armes anglais et gascons, combattant à pied selon la tactique désormais bien rodée depuis Crécy, et des archers gallois et anglais armés du grand arc en if, le longbow. On estime l'armée anglaise entre six mille et huit mille hommes — les sources médiévales gonflent les chiffres, et les estimations modernes sont prudentes. Bloquée par la progression de Jean II depuis la vallée de la Loire, l'armée du Prince Noir cherchait à se replier vers Bordeaux quand les deux forces se rejoignirent au sud de Poitiers. Une tentative de négociation menée par le cardinal Talleyrand de Périgord le 17 septembre 1356 échoua, Jean II refusant les conditions proposées par le Prince Noir pour éviter la bataille.The Black Prince's army was an experienced and cohesive force. It comprised English and Gascon men-at-arms, fighting on foot according to the tactic now well-tested since Crécy, and Welsh and English archers armed with the great yew longbow. Estimates put the English army at between six thousand and eight thousand men — medieval sources inflate numbers, and modern estimates are cautious. Blocked by John II's advance from the Loire valley, the Black Prince's army was trying to retreat towards Bordeaux when the two forces converged south of Poitiers. A negotiation attempt by Cardinal Talleyrand de Périgord on 17 September 1356 failed; John II rejected the terms proposed by the Black Prince to avoid battle.
L'armée française, commandée personnellement par Jean II, était sensiblement plus nombreuse — peut-être dix mille à quinze mille hommes selon les estimations, bien que là encore la prudence s'impose quant aux chiffres précis. Elle comprenait la chevalerie française, dont de nombreux grands seigneurs du royaume, et des contingents de fantassins et de mercenaires. Jean II avait tiré les leçons de Crécy et avait décidé que la cavalerie chargerait à pied pour éviter de présenter de grandes cibles aux archers anglais. Cette décision tactique allait pourtant s'avérer insuffisante face à la combinaison mortelle des archers et des hommes d'armes anglais défendant un terrain choisi avec soin. Le duché d'Aquitaine était l'enjeu géopolitique central de la confrontation.The French army, commanded personally by John II, was considerably larger — perhaps ten thousand to fifteen thousand men by modern estimates, though caution is again warranted regarding precise figures. It included the French chivalry, among them many great lords of the realm, and contingents of infantry and mercenaries. John II had drawn lessons from Crécy and decided that the cavalry would fight on foot to avoid presenting large targets to the English archers. This tactical decision would nonetheless prove insufficient against the lethal combination of archers and English men-at-arms defending a carefully chosen position. The Duchy of Aquitaine was the central geopolitical stake of the confrontation.
Le rôle décisif des archers anglaisThe decisive role of the English archers
Le grand arc anglais — le longbow — était l'arme décisive des batailles de la guerre de Cent Ans. Tiré par des archers entraînés depuis l'enfance, il pouvait lancer une flèche à plus de deux cents mètres avec une précision redoutable, et un archer expérimenté pouvait décocher dix à douze flèches par minute. À Maupertuis, les archers étaient positionnés sur les flancs, dans des haies et des vignes qui les protégeaient partiellement, et ils tiraient en tir plongeant sur les colonnes françaises qui avançaient lourdement. Cette combinaison — position défensive, terrain protégé, tir concentré — avait déjà fait ses preuves à Crécy. Les charges françaises, même à pied, essuyèrent des pertes considérables avant même d'atteindre les hommes d'armes anglais.The English longbow was the decisive weapon of the Hundred Years' War battles. Drawn by archers trained from childhood, it could fire an arrow over two hundred metres with formidable accuracy, and an experienced archer could loose ten to twelve arrows per minute. At Maupertuis, the archers were positioned on the flanks, in hedgerows and vineyards that afforded them partial cover, and they fired plunging shots down onto the French columns advancing laboriously. This combination — defensive position, sheltered terrain, concentrated fire — had already proved its worth at Crécy. The French charges, even on foot, sustained considerable losses before even reaching the English men-at-arms.
Le déroulement de la batailleThe course of the battle
La bataille se déroula le 19 septembre 1356 sur un terrain vallonné couvert de vignes, de haies et de taillis au lieu-dit Maupertuis, sur la commune actuelle de Nouaillé-Maupertuis, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Poitiers. Le Prince Noir avait choisi une position défensive solide, avec son flanc gauche protégé par le bois de Nouaillé et sa ligne de front établie derrière des haies denses qui canalisaient l'avancée ennemie. L'armée française attaqua en trois batailles successives. La première, commandée par le dauphin Charles, fut repoussée avec de lourdes pertes sous les tirs des archers. La deuxième, commandée par le duc d'Orléans, se désintégra dans la confusion et se retira sans engager véritablement le combat — un épisode que les chroniqueurs français jugèrent sévèrement comme une défection.The battle took place on 19 September 1356 on undulating ground covered with vineyards, hedgerows and thickets at the place known as Maupertuis, in what is now the commune of Nouaillé-Maupertuis, about ten kilometres south-east of Poitiers. The Black Prince had chosen a solid defensive position, with his left flank protected by the wood of Nouaillé and his front line established behind dense hedges that channelled the enemy's advance. The French army attacked in three successive divisions. The first, commanded by the Dauphin Charles, was repulsed with heavy losses under archer fire. The second, commanded by the Duke of Orléans, disintegrated in confusion and withdrew without truly engaging the battle — an episode that French chroniclers judged harshly as desertion.
Jean II le Bon se battit à pied, entouré de sa garde, jusqu'à ce que la défaite fût consommée. Il fut capturé en personne — un coup sans précédent dans l'histoire de la royauté française.John II the Good fought on foot, surrounded by his guard, until defeat was complete. He was captured in person — an unprecedented blow in the history of the French monarchy.
Voyant le recul des divisions françaises, le Prince Noir prit l'initiative d'une contre-attaque avant même que la troisième bataille française — celle de Jean II en personne — ne pût se redresser. Ce mouvement offensif, combiné aux tirs des archers sur les flancs, démoralisa et désorganisa la dernière ligne française. Jean II combattit avec courage, mais son groupe fut encerclé. Le roi de France fut capturé par un chevalier gascon, Denis de Morbecque, servant dans les rangs anglais. Son fils Philippe, adolescent, avait combattu à ses côtés et fut capturé avec lui — c'est Philippe qui, selon la tradition, aurait alerté son père : « Père, gardez-vous à droite ! Père, gardez-vous à gauche ! »Seeing the French divisions fall back, the Black Prince took the initiative of a counter-attack even before the third French division — John II's own — could recover. This offensive move, combined with flanking fire from the archers, demoralised and disorganised the last French line. John II fought bravely but his group was surrounded. The French king was captured by a Gascon knight, Denis de Morbecque, serving in the English ranks. His son Philip, still an adolescent, had fought at his side and was captured with him — it is Philip who, according to tradition, reportedly warned his father: 'Father, guard to your right! Father, guard to your left!'
Chronologie de la bataille et de ses suitesTimeline of the battle and its aftermath
- 1337Début officiel de la guerre de Cent Ans : Édouard III d'Angleterre revendique le trône de France.Official start of the Hundred Years' War: Edward III of England claims the throne of France.
- Août 1346Bataille de Crécy : victoire anglaise décisive, première grande démonstration de l'efficacité des archers anglais.Battle of Crécy: decisive English victory, first great demonstration of the effectiveness of English archers.
- 1347Prise de Calais par Édouard III après un long siège.Capture of Calais by Edward III after a long siege.
- Été 1356Le Prince Noir entreprend la chevauchée d'automne depuis Bordeaux, ravageant le Berry et le centre de la France.The Black Prince launches the autumn chevauchée from Bordeaux, ravaging Berry and central France.
- 17 sept. 1356Tentative de négociation menée par le cardinal Talleyrand de Périgord ; Jean II refuse les conditions anglaises.Negotiation attempt by Cardinal Talleyrand de Périgord; John II rejects the English terms.
- 19 sept. 1356Bataille de Maupertuis (Nouaillé-Maupertuis) : victoire anglaise décisive, capture du roi Jean II et de son fils Philippe.Battle of Maupertuis (Nouaillé-Maupertuis): decisive English victory, capture of King John II and his son Philip.
- 1357Jean II conduit en Angleterre, emprisonné à la Tour de Londres puis au château de Windsor ; la France traverse une crise politique majeure.John II taken to England, imprisoned at the Tower of London then Windsor Castle; France endures a major political crisis.
- 1357–1358Crise politique en France : les États généraux réunis par le dauphin Charles, Étienne Marcel chef de la bourgeoisie parisienne, Jacquerie paysanne (1358).Political crisis in France: Estates-General convened by Dauphin Charles, Étienne Marcel leading Parisian burghers, Jacquerie peasant revolt (1358).
- 1360Traité de Brétigny : Jean II est libéré en échange d'une rançon de trois millions d'écus d'or et de vastes cessions territoriales.Treaty of Brétigny: John II freed in exchange for a ransom of three million gold écus and vast territorial concessions.
- 1364Mort de Jean II à Londres ; il était retourné volontairement en Angleterre en garantie lorsque son fils Louis d'Anjou avait rompu sa parole.Death of John II in London; he had voluntarily returned to England as a pledge after his son Louis of Anjou broke his parole.
Conséquences immédiates : le roi prisonnier et la crise françaiseImmediate consequences: the captive king and the French crisis
La capture de Jean II eut des répercussions immédiates et profondes sur le royaume de France. Le roi fut d'abord gardé par le Prince Noir dans ses quartiers de Bordeaux, où il fut traité avec les égards dus à son rang — les règles de la chevalerie imposaient qu'un prisonnier de haute naissance fût bien traité et que sa rançon fût négociée. Dès 1357, Jean II fut conduit en Angleterre, où il séjourna à la Tour de Londres puis au château de Windsor, dans des conditions plus proches d'une résidence dorée que d'une prison stricte. Pendant ce temps, la France était gouvernée par son fils aîné, le dauphin Charles (futur Charles V le Sage), en qualité de lieutenant-général du royaume.The capture of John II had immediate and profound repercussions for the kingdom of France. The king was initially kept by the Black Prince at his Bordeaux quarters, where he was treated with the respect due to his rank — the rules of chivalry required that a high-born prisoner be well treated and that his ransom be negotiated. From 1357, John II was taken to England, where he resided at the Tower of London and then Windsor Castle, in conditions closer to gilded captivity than strict imprisonment. In the meantime, France was governed by his eldest son, Dauphin Charles (the future Charles V 'the Wise'), acting as lieutenant-general of the kingdom.
La crise politique qui suivit la défaite fut d'une extraordinaire violence institutionnelle. Les États généraux, réunis à Paris à l'automne 1356, exigèrent des réformes profondes, notamment la publication de la Grande Ordonnance de mars 1357, qui prévoyait un contrôle parlementaire des finances royales. Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, s'imposa comme le leader de la réforme et tenta d'imposer au dauphin Charles une limitation du pouvoir royal. En 1358, la Jacquerie, soulèvement de paysans dans le Beauvaisis et l'Île-de-France, ajouta à la désintégration de l'ordre social. Le dauphin dut naviguer entre la pression des nobles, les revendications des bourgeois, et les incursions régulières des compagnies de routiers — mercenaires sans emploi depuis la trêve — qui ravageaient les campagnes.The political crisis that followed the defeat was of extraordinary institutional violence. The Estates-General, convened in Paris in autumn 1356, demanded deep reforms, notably the publication of the Grand Ordinance of March 1357, which provided for parliamentary oversight of royal finances. Étienne Marcel, provost of the merchants of Paris, emerged as the leader of the reform movement and sought to impose on Dauphin Charles a limitation of royal power. In 1358, the Jacquerie, a peasant uprising in the Beauvaisis and Île-de-France, added to the disintegration of social order. The dauphin had to navigate between pressure from the nobles, demands from the burghers, and regular incursions by companies of routiers — mercenaries left unemployed by the truce — who ravaged the countryside.
Le traité de Brétigny (1360) et la rançonThe Treaty of Brétigny (1360) and the ransom
Après plusieurs années de négociations difficiles, le traité de Brétigny fut signé le 8 mai 1360, ratifié à Calais en octobre de la même année. Jean II obtenait sa liberté en échange d'une rançon fixée à trois millions d'écus d'or — une somme colossale, équivalente à plusieurs années de revenus de la couronne — et de la cession de vastes territoires à la couronne anglaise en pleine souveraineté : l'Aquitaine élargie (comprenant le Poitou, le Périgord, le Limousin, la Saintonge, l'Angoumois, la Rouergue, le Quercy, l'Agenais et la Gascogne), Calais et le Ponthieu. En contrepartie, Édouard III renonçait formellement à sa revendication sur le trône de France. Le Poitou se trouvait ainsi placé sous souveraineté anglaise directe, ce qui allait créer des tensions durables dans la région.After several years of difficult negotiations, the Treaty of Brétigny was signed on 8 May 1360 and ratified at Calais in October of the same year. John II obtained his freedom in exchange for a ransom set at three million gold écus — a colossal sum, equivalent to several years of crown revenues — and the cession of vast territories to the English crown in full sovereignty: an enlarged Aquitaine (including Poitou, Périgord, the Limousin, Saintonge, Angoumois, Rouergue, Quercy, Agenais and Gascony), Calais and Ponthieu. In exchange, Edward III formally renounced his claim to the French throne. Poitou thus found itself placed under direct English sovereignty, which would create lasting tensions in the region.
Le paiement de la rançon se révéla une charge écrasante pour le royaume. Jean II rentra en France en 1360, mais il laissa plusieurs otages en Angleterre comme garantie du paiement des tranches à venir, dont son fils Louis d'Anjou. Lorsque Louis d'Anjou rompit sa parole et s'enfuit en 1363, Jean II, dans un geste chevaleresque qui stupéfia ses contemporains, retourna volontairement en Angleterre pour honorer son engagement. Il mourut à Londres en avril 1364 avant d'avoir pu regagner la France. Son fils Charles V, qui lui succéda, entreprit méthodiquement de reconquérir les territoires cédés par le traité, parvenant notamment à reprendre le contrôle du Poitou dans les années 1370, grâce notamment à l'action du connétable Bertrand du Guesclin.The payment of the ransom proved a crushing burden on the kingdom. John II returned to France in 1360, but left several hostages in England as guarantees for the payment of future instalments, including his son Louis of Anjou. When Louis of Anjou broke his parole and fled in 1363, John II, in a chivalric gesture that astonished his contemporaries, voluntarily returned to England to honour his pledge. He died in London in April 1364 before being able to return to France. His son Charles V, who succeeded him, methodically set about reconquering the territories ceded by the treaty, managing notably to regain control of Poitou in the 1370s, largely through the action of Constable Bertrand du Guesclin.
À ne pas confondre : la bataille de Poitiers de 732Not to be confused with: the Battle of Poitiers of 732
Le nom « bataille de Poitiers » est à l'origine d'une confusion fréquente, car il désigne deux événements distincts séparés par plus de six siècles, aux protagonistes et aux enjeux entièrement différents. La bataille de Poitiers de 732 opposa les Francs carolingiens de Charles Martel à une expédition omeyyade conduite par Abd al-Rahman al-Ghafiqi. Elle se déroula dans un contexte de raids omeyyades depuis al-Andalus vers la Gaule franque, dans le cadre de l'expansion islamique en Europe occidentale. Son enjeu était la domination religieuse et politique sur la Gaule franque. Elle est parfois désignée dans la littérature anglophone sous le nom de « bataille de Tours ».The name 'Battle of Poitiers' is a frequent source of confusion, as it refers to two entirely distinct events separated by more than six centuries, with entirely different protagonists and stakes. The Battle of Poitiers of 732 pitted the Carolingian Franks of Charles Martel against a Umayyad expedition led by Abd al-Rahman al-Ghafiqi. It took place in the context of Umayyad raids from al-Andalus into Frankish Gaul, within the broader framework of Islamic expansion in western Europe. Its stakes were religious and political dominance over Frankish Gaul. It is sometimes designated in English-language literature as the 'Battle of Tours'.
La bataille de 1356 n'a aucun lien avec celle de 732 hormis la proximité géographique approximative autour de Poitiers. Elle s'inscrit dans la guerre de Cent Ans, conflit dynastique franco-anglais, et ses protagonistes sont la chevalerie française et l'armée anglaise-gasconne du Prince Noir. L'enjeu est la succession au trône de France et la domination sur les fiefs continentaux des Plantagenêts. Les deux batailles méritent chacune d'être mémorisées séparément : celle de 732 pour son contexte carolingien et les questions qu'elle soulève sur l'expansion omeyyade ; celle de 1356 pour son rôle dans la crise politique française du XIVe siècle et les mutations institutionnelles qu'elle contribua à déclencher.The 1356 battle has no connection with that of 732 other than approximate geographical proximity near Poitiers. It belongs to the Hundred Years' War, a Franco-English dynastic conflict, and its protagonists are French chivalry and the English-Gascon army of the Black Prince. The stakes are the succession to the French throne and dominance over the Plantagenet continental fiefs. Each battle deserves to be remembered separately: that of 732 for its Carolingian context and the questions it raises about Umayyad expansion; that of 1356 for its role in the fourteenth-century French political crisis and the institutional changes it helped to trigger.
Héritage et mémoire : Maupertuis dans l'histoire du PoitouLegacy and memory: Maupertuis in the history of the Poitou
Le site de la bataille de 1356, Maupertuis, est localisé sur la commune de Nouaillé-Maupertuis (Vienne), dans la vallée du Miosson, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Poitiers. L'abbaye de Nouaillé-Maupertuis, fondée au VIIIe siècle, est directement associée au site de la bataille et constitue un monument remarquable de l'art roman poitevin. Les chronicqueurs comme Jean Froissart, dont les Chroniques constituent la principale source narrative sur la bataille, et Geoffroi de Charny ont laissé des récits détaillés. Froissart, bien qu'écrivant quelques décennies après les faits, s'appuya sur des témoignages de participants. La région, profondément marquée par les guerres de Religion en Poitou aux siècles suivants, porta les cicatrices successives de conflits récurrents.The site of the 1356 battle, Maupertuis, is located in the commune of Nouaillé-Maupertuis (Vienne), in the valley of the Miosson, about ten kilometres south-east of Poitiers. The abbey of Nouaillé-Maupertuis, founded in the eighth century, is directly associated with the battle site and is a remarkable monument of Poitevin Romanesque art. Chroniclers such as Jean Froissart, whose Chronicles constitute the main narrative source on the battle, and Geoffroi de Charny left detailed accounts. Froissart, though writing several decades after the events, drew on the testimony of participants. The region, deeply marked by the Wars of Religion in Poitou in subsequent centuries, bore the accumulated scars of recurring conflicts.
Dans la longue durée de l'histoire médiévale du Poitou, la bataille de Maupertuis représente un moment de rupture politique et symbolique majeur. Elle illustre la fragilité des institutions monarchiques médiévales face à une défaite militaire catastrophique. Elle contribua, paradoxalement, à renforcer les institutions représentatives françaises — même si cette évolution fut temporaire et chaotique — et accéléra la professionnalisation de l'armée royale. Pour le Poitou, sa cession à la couronne anglaise par le traité de Brétigny fut une parenthèse d'une vingtaine d'années avant que Charles V et du Guesclin ne réintègrent la région dans le domaine royal français. Ces épisodes font partie de l'héritage complexe d'une province qui a toujours occupé une position stratégique entre le nord et le midi de la France.In the long span of Poitou's medieval history, the battle of Maupertuis represents a major political and symbolic rupture. It illustrates the fragility of medieval monarchical institutions in the face of catastrophic military defeat. Paradoxically, it contributed to strengthening French representative institutions — even if that development was temporary and chaotic — and accelerated the professionalisation of the royal army. For Poitou, its cession to the English crown by the Treaty of Brétigny was a parenthesis of some twenty years before Charles V and du Guesclin reintegrated the region into the French royal domain. These episodes are part of the complex heritage of a province that has always occupied a strategic position between the north and south of France.
Sur la carteOn the map
Le site de la bataille (1356)The battle site (1356)
La bataille se déroula à Maupertuis, sur la commune de Nouaillé-Maupertuis, au sud-est de Poitiers, dans la vallée du Miosson.The battle took place at Maupertuis, in the commune of Nouaillé-Maupertuis, south-east of Poitiers, in the Miosson valley.
Questions fréquentesFrequently asked questions
Pourquoi le Prince Noir s'appelle-t-il ainsi ?Why is the Black Prince called by that name?
Le sobriquet « Prince Noir » n'est pas attesté dans les sources contemporaines à Édouard de Woodstock ; il apparaît dans des chroniques postérieures, au XVe ou XVIe siècle. L'explication la plus répandue, sans être certaine, est une référence à la couleur noire de son armure ou de son écu. Son nom complet était Édouard de Woodstock ; il était le fils aîné d'Édouard III d'Angleterre et n'accéda jamais au trône, mourant avant son père en 1376.The sobriquet 'Black Prince' is not attested in sources contemporary with Edward of Woodstock; it appears in later chronicles, from the fifteenth or sixteenth century. The most widespread explanation, though not certain, is a reference to the black colour of his armour or shield. His full name was Edward of Woodstock; he was the eldest son of Edward III of England and never acceded to the throne, dying before his father in 1376.
Quelle est la différence entre la bataille de 1356 et celle de 732 ?What is the difference between the 1356 battle and that of 732?
Ce sont deux événements entièrement distincts. La bataille de 732 oppose Charles Martel aux Omeyyades dans le cadre de l'expansion islamique. La bataille de 1356 oppose le Prince Noir au roi de France Jean II dans le cadre de la guerre de Cent Ans. Elles n'ont en commun que leur proximité géographique approximative autour de Poitiers.These are two entirely distinct events. The 732 battle pits Charles Martel against the Umayyads in the context of Islamic expansion. The 1356 battle pits the Black Prince against the French king John II in the context of the Hundred Years' War. They share only their approximate geographical proximity near Poitiers.
Jean II le Bon était-il vraiment « bon » ?Was John II 'the Good' truly good?
Le qualificatif « le Bon » (en latin bonus) désignait au Moyen Âge non pas la bonté de caractère mais les qualités chevaleresques — la vaillance, la loyauté, la générosité envers ses vassaux. Jean II fut en effet réputé courageux au combat. Sa décision de retourner volontairement en Angleterre après la rupture de la parole de son fils fut unanimement saluée comme un acte de haute chevalerie. Sa gestion politique et militaire fut cependant souvent critiquée.The epithet 'the Good' (from the Latin bonus) in the Middle Ages referred not to goodness of character but to chivalric qualities — valour, loyalty, generosity towards one's vassals. John II was indeed reputed to be courageous in battle. His decision to return voluntarily to England after his son broke his parole was unanimously praised as an act of supreme chivalry. His political and military management was, however, frequently criticised.
Le Poitou fut-il réellement cédé à l'Angleterre après 1360 ?Was Poitou really ceded to England after 1360?
Oui. Le traité de Brétigny (1360) incluait le Poitou parmi les territoires cédés à la couronne anglaise en pleine souveraineté. Cette cession dura une vingtaine d'années. Charles V, conseillé par du Guesclin, réussit à récupérer le Poitou dans les années 1370 en reprenant les villes une à une, sans grande bataille décisive mais par une guerre d'usure diplomatique et militaire.Yes. The Treaty of Brétigny (1360) included Poitou among the territories ceded to the English crown in full sovereignty. This cession lasted about twenty years. Charles V, advised by du Guesclin, managed to recover Poitou in the 1370s by retaking towns one by one, without a major decisive battle but through a war of diplomatic and military attrition.
Peut-on visiter le site de la bataille de 1356 ?Can one visit the site of the 1356 battle?
La commune de Nouaillé-Maupertuis (Vienne) est identifiée comme le site traditionnel de la bataille. L'abbaye de Nouaillé, monument historique classé, est ouverte à la visite et constitue un témoignage de l'art roman poitevin dans un cadre directement associé à cet épisode de la guerre de Cent Ans. Des panneaux d'interprétation sur le site permettent de suivre le déroulement de la bataille.The commune of Nouaillé-Maupertuis (Vienne) is identified as the traditional site of the battle. The abbey of Nouaillé, a listed historical monument, is open to visitors and constitutes a witness to Poitevin Romanesque art in a setting directly associated with this episode of the Hundred Years' War. Interpretation panels on the site allow visitors to follow the course of the battle.
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Bataille de Poitiers (732)Battle of Poitiers (732)
À ne pas confondre : six siècles plus tôt, Charles Martel repoussait une expédition omeyyade entre Poitiers et Tours.Not to be confused: six centuries earlier, Charles Martel repulsed a Umayyad expedition between Poitiers and Tours.
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Deux siècles avant la bataille, Aliénor avait fait du Poitou l'enjeu central de la rivalité franco-anglaise en apportant le duché d'Aquitaine à la couronne d'Angleterre.Two centuries before the battle, Eleanor had made Poitou the central stake of Franco-English rivalry by bringing the Duchy of Aquitaine to the English crown.
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De la Préhistoire à l'époque moderne, le Poitou a traversé des siècles de conflits, d'alliances et de mutations politiques qui ont forgé son identité.From Prehistory to the modern era, Poitou traversed centuries of conflicts, alliances and political changes that forged its identity.
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