HistoireHistory
La bataille de Poitiers (732) The Battle of Poitiers (732)
En octobre 732, entre Poitiers et Tours, les troupes franques de Charles Martel infligent une défaite décisive à l'expédition omeyyade conduite par Abd al-Rahman al-Ghafiqi, gouverneur d'al-Andalus, qui y trouve la mort. Cette victoire est restée dans la mémoire carolingienne comme l'un des actes fondateurs de la domination franque sur l'Occident, même si les historiens modernes débattent de son caractère véritablement décisif dans l'arrêt de l'expansion omeyyade. In October 732, between Poitiers and Tours, the Frankish forces of Charles Martel inflicted a decisive defeat on an Umayyad expeditionary force led by Abd al-Rahman al-Ghafiqi, the governor of al-Andalus, who was killed in the fighting. The victory became a founding moment in Carolingian memory, though modern historians continue to debate just how decisive it truly was in halting Umayyad expansion.
L'Aquitaine et les raids omeyyadesAquitaine and the Umayyad raids
Pour comprendre les événements de 732, il faut remonter à la conquête omeyyade de l'Hispanie, achevée pour l'essentiel entre 711 et 716. Les armées du califat de Damas, sous les bannières des gouverneurs d'al-Andalus successifs, avaient franchi les Pyrénées dès 719, s'emparant de Narbonne et établissant des bases en Septimanie. Depuis cette tête de pont, les raids se multipliaient vers le nord et l'ouest, visant les richesses des monastères et des cités de l'ancienne Gaule romaine. Le Poitou romain avait laissé une empreinte durable sur ce territoire : ses villes — au premier rang desquelles Poitiers — étaient des centres économiques et religieux que leurs richesses rendaient attractifs pour toute troupe en quête de butin.To understand the events of 732, one must go back to the Umayyad conquest of Hispania, largely completed between 711 and 716. The armies of the Damascus caliphate, under successive governors of al-Andalus, had crossed the Pyrenees as early as 719, taking Narbonne and establishing bases in Septimania. From that bridgehead, raids multiplied northward and westward, targeting the wealth of monasteries and cities of the old Roman Gaul. The Roman Poitou had left a lasting mark on this territory: its cities — above all Poitiers — were economic and religious centres whose riches made them attractive to any army in search of plunder.
Le duc Eudes (ou Odon) d'Aquitaine avait jusqu'alors contenu les incursions avec un certain succès, remportant notamment une victoire à Toulouse vers 721. Cependant, sa principauté épuisée par des années de luttes militaires sur deux fronts — contre les Francs du nord et contre les raids omeyyades — se trouvait dans une position fragilisée. En 732, une grande expédition commandée par Abd al-Rahman al-Ghafiqi, gouverneur d'al-Andalus depuis peu, traverse la Gascogne et s'abat sur la Guyenne. La cité de Bordeaux est pillée et la basilique Saint-Hilaire de Poitiers faillit subir le même sort. Eudes, défait, dut se tourner vers son ennemi franc, Charles Martel, pour obtenir du secours.Duke Eudo (or Odo) of Aquitaine had until then contained the incursions with some success, winning a notable victory near Toulouse around 721. However, his principality, exhausted by years of fighting on two fronts — against the northern Franks and against Umayyad raids — found itself in a weakened position. In 732, a large expedition led by Abd al-Rahman al-Ghafiqi, the newly appointed governor of al-Andalus, swept through Gascony and struck Guienne. The city of Bordeaux was plundered and the basilica of Saint-Hilaire at Poitiers came close to sharing the same fate. Eudo, defeated, had to turn to his Frankish rival, Charles Martel, to seek aid.
Charles Martel et la réponse franqueCharles Martel and the Frankish response
Charles Martel — fils illégitime de Pépin de Herstal, maire du palais d'Austrasie — avait conquis par les armes la domination sur l'ensemble du royaume franc. Il n'était pas roi, mais maire du palais, c'est-à-dire le véritable chef militaire et administratif des royaumes francs sous des souverains mérovingiens de plus en plus effacés. Dans l'historiographie carolingienne ultérieure, son rôle fut magnifié : les chroniqueurs comme la Chronique de Frédégaire ou les Annales du royaume des Francs le célébrèrent comme le sauveur de la chrétienté occidentale. À la nouvelle de l'avancée omeyyade, Charles mobilisa rapidement son infanterie lourde, recrutée principalement parmi les guerriers austrasiens, et marcha vers le sud. Il s'allia avec le duc Eudes malgré leurs conflits antérieurs, reconnaissant la gravité de la menace commune.Charles Martel — the illegitimate son of Pippin of Herstal, Mayor of the Palace of Austrasia — had conquered by force of arms dominance over the whole Frankish kingdom. He was not king, but Mayor of the Palace: the true military and administrative chief of the Frankish kingdoms, serving under increasingly powerless Merovingian sovereigns. In later Carolingian historiography, his role was magnified: chroniclers such as those behind the Chronicle of Fredegar and the Royal Frankish Annals celebrated him as the saviour of western Christendom. On hearing news of the Umayyad advance, Charles rapidly mobilised his heavy infantry, recruited primarily from Austrasian warriors, and marched south. Despite their earlier conflicts, he allied with Duke Eudo, recognising the gravity of the common threat.
Un chef militaire au sommet de sa puissanceA military leader at the height of his power
En 732, Charles Martel avait derrière lui deux décennies de campagnes militaires ininterrompues qui l'avaient conduit à subjuguer la Neustrie, la Bourgogne, l'Alémanie et la Bavière. Sa réputation de chef de guerre était considérable. Son surnom de « Martel » (le marteau) lui fut attribué par la tradition postérieure pour évoquer la puissance de ses coups en combat. L'histoire du Poitou s'inscrit dans ce contexte plus large d'un espace contest entre le pouvoir carolingien en formation et les duchés aquitaniens jaloux de leur autonomie. La marche vers Poitiers représentait pour Charles bien plus qu'une simple opération militaire : c'était l'occasion d'étendre son autorité sur l'Aquitaine tout en repoussant une menace extérieure.By 732, Charles Martel had behind him two decades of uninterrupted military campaigns that had led him to subjugate Neustria, Burgundy, Alemannia and Bavaria. His reputation as a warlord was formidable. His sobriquet 'Martel' (the Hammer) was assigned by later tradition to evoke the power of his blows in combat. The history of the Poitou is set within this broader context of a territory contested between the emerging Carolingian power and the duchies of Aquitaine, jealous of their autonomy. The march to Poitiers represented for Charles far more than a simple military operation: it was the opportunity to extend his authority over Aquitaine while repelling an external threat.
Le déroulement de la batailleThe course of the battle
Les sources contemporaines — principalement la Continuatio Fredegarii, les Annales mettenses priores, et quelques chroniques arabes comme celles d'al-Hakam ou d'Isidore de Beja — sont lapidaires sur les détails tactiques. Elles s'accordent toutefois sur le cadre général : une rencontre en rase campagne, probablement sur une plaine entre la Vienne et le Clain, à une date d'octobre. L'armée franque adopta une formation défensive dense, un dispositif en phalange d'infanterie lourde. Les cavaliers omeyyades, habitués à des tactiques offensives et mobiles, chargèrent cette muraille humaine à plusieurs reprises. Les Francs tinrent ferme, profitant du terrain et de leur discipline collective.Contemporary sources — chiefly the Continuatio Fredegarii, the Annales mettenses priores, and a handful of Arabic chronicles such as those of al-Hakam or Isidore of Beja — are terse on tactical detail. They do agree, however, on the general framework: a confrontation in open country, probably on a plain between the Vienne and the Clain rivers, taking place in October. The Frankish army adopted a dense defensive formation, a heavy-infantry phalanx. The Umayyad cavalry, accustomed to offensive and mobile tactics, charged this human wall multiple times. The Franks held firm, exploiting the terrain and their collective discipline.
« Les hommes du nord se tenaient immobiles comme un mur, serrés l'un contre l'autre comme un glacier, et dans la mêlée frappaient les Arabes à l'épée. »"The northerners stood immovable as a wall, tightly locked together like a glacier, and in the melee they struck the Arabs with the sword."
Selon la Continuatio Fredegarii, un incident décisif survint lorsque des Francs, peut-être sur ordre de Charles ou peut-être par initiative propre, parvinrent à atteindre le camp omeyyade et à menacer le butin amassé depuis Bordeaux. Des cavaliers omeyyades rompèrent les rangs pour protéger leurs richesses, créant la confusion dans l'armée d'Abd al-Rahman. Ce dernier, tentant de rétablir l'ordre, se retrouva exposé et fut tué. La mort du commandant en chef provoqua la désorganisation de l'armée omeyyade, qui se replia. Le lendemain matin, les Francs découvrirent que les Omeyyades avaient levé le camp pendant la nuit, laissant leurs tentes et une partie de leur matériel. Charles, méfiant d'une ruse, n'engagea pas de poursuite immédiate.According to the Continuatio Fredegarii, a decisive incident occurred when some Franks — perhaps on Charles's orders, perhaps on their own initiative — managed to reach the Umayyad camp and threaten the plunder accumulated since Bordeaux. Umayyad cavalry broke ranks to protect their wealth, sowing confusion in Abd al-Rahman's army. Abd al-Rahman, trying to restore order, found himself exposed and was killed. The death of the commander-in-chief threw the Umayyad army into disarray; it withdrew. The following morning, the Franks discovered that the Umayyads had struck camp during the night, leaving their tents and some of their equipment. Charles, suspicious of a ruse, did not pursue immediately.
Chronologie : les événements de 719 à 736Timeline: events from 719 to 736
- 711–716Conquête omeyyade de l'Hispanie wisigothique par Tariq ibn Ziyad et Musa ibn Nusayr.Umayyad conquest of Visigothic Hispania by Tariq ibn Ziyad and Musa ibn Nusayr.
- 719Les Omeyyades s'emparent de Narbonne (Arbûna), établissant une base permanente en Septimanie.The Umayyads seize Narbonne (Arbûna), establishing a permanent base in Septimania.
- 721Le duc Eudes d'Aquitaine bat l'armée omeyyade devant Toulouse ; Zama ibn Ziyad est tué.Duke Eudo of Aquitaine defeats the Umayyad army before Toulouse; Zama ibn Ziyad is killed.
- Vers 725Raids omeyyades vers l'est : Carcassonne, Nîmes, attaque d'Autun en Bourgogne.Umayyad raids eastward: Carcassonne, Nîmes, attack on Autun in Burgundy.
- 732Abd al-Rahman al-Ghafiqi franchit les Pyrénées, traverse la Gascogne, saccage Bordeaux. Octobre : bataille entre Tours et Poitiers ; Abd al-Rahman tué, armée omeyyade en retraite.Abd al-Rahman al-Ghafiqi crosses the Pyrenees, sweeps through Gascony, sacks Bordeaux. October: battle between Tours and Poitiers; Abd al-Rahman killed, Umayyad army retreats.
- 733–735Charles Martel mène des campagnes en Bourgogne et consolide sa domination sur le sud de la Gaule ; Arles et Avignon prises.Charles Martel campaigns in Burgundy and consolidates his dominance over southern Gaul; Arles and Avignon captured.
- 736–739Nouvelles campagnes contre les Omeyyades en Provence et en Septimanie, avec l'appui de contingents lombards.Further campaigns against the Umayyads in Provence and Septimania, with the support of Lombard contingents.
- 741Mort de Charles Martel. Il laisse à ses fils Pépin le Bref et Carloman un royaume franc puissant et unifié.Death of Charles Martel. He leaves his sons Pippin the Short and Carloman a powerful and unified Frankish kingdom.
Localisation et incertitudes géographiquesLocation and geographical uncertainties
Le nom même de la bataille illustre son incertitude géographique : les sources arabes parlent de la « route des Martyrs » sans préciser un lieu, les sources carolingiennes mentionnent l'espace entre la Loire et la Vienne. La bataille est parfois désignée comme « bataille de Tours » dans l'historiographie anglo-saxonne, et « bataille de Poitiers » dans la tradition française, deux villes distantes d'environ quatre-vingts kilomètres. Poitiers, chef-lieu de la Vienne, reste le repère le plus souvent retenu par la tradition française, en partie parce que la ville abrite la basilique Saint-Hilaire, dont la protection contre le pillage fut associée au récit de la bataille. La région de Moussais-la-Bataille, au nord de Poitiers, est souvent désignée par la tradition locale comme site probable, bien qu'aucune fouille archéologique n'ait formellement confirmé l'emplacement exact.The very name of the battle illustrates its geographical uncertainty: Arabic sources speak of the 'Road of the Martyrs' without specifying a location, while Carolingian sources mention the space between the Loire and the Vienne. The battle is sometimes called the 'Battle of Tours' in Anglo-Saxon historiography, and the 'Battle of Poitiers' in French tradition — two cities approximately eighty kilometres apart. Poitiers, the prefecture of the Vienne department, remains the most frequently cited reference in French tradition, partly because the city houses the basilica of Saint-Hilaire, whose protection from pillage was associated with the battle narrative. The area of Moussais-la-Bataille, north of Poitiers, is often designated by local tradition as the probable site, though no archaeological excavation has formally confirmed the exact location.
La question de la date est également débattue : les Annales mettenses et la Continuatio Fredegarii situent la bataille en 732, mais certains historiens, en recalculant les données chronologiques, proposent 733. Cette divergence d'un an ne change pas fondamentalement l'interprétation historique, mais illustre les limites des sources disponibles pour cette période. Le contexte géographique du Seuil du Poitou — ce couloir naturel entre les massifs armoricains et le Massif central, que les armées ont traversé depuis l'Antiquité — offre une explication plausible au choix de cet espace pour la confrontation : les plaines ouvertes entre Clain et Vienne convenaient aux mouvements de cavalerie.The question of the date is equally debated: the Annales mettenses and the Continuatio Fredegarii place the battle in 732, but some historians, recalculating the chronological data, propose 733. This one-year discrepancy does not fundamentally change the historical interpretation, but illustrates the limits of available sources for this period. The geographical context of the Seuil du Poitou — that natural corridor between the Armorican massifs and the Massif Central, traversed by armies since Antiquity — offers a plausible explanation for why this space was chosen for the confrontation: the open plains between the Clain and the Vienne suited cavalry movements.
À ne pas confondre : la bataille de Poitiers de 1356Not to be confused with: the Battle of Poitiers of 1356
Le nom « bataille de Poitiers » désigne deux événements distincts séparés par plus de six siècles. La bataille de Poitiers de 1356 est un épisode majeur de la guerre de Cent Ans : l'armée anglaise du Prince Noir y défait et capture le roi de France Jean II le Bon le 19 septembre 1356. Les deux batailles n'ont aucun lien entre elles hormis la proximité géographique approximative, et leurs contextes, acteurs, causes et conséquences sont entièrement différents. Il est essentiel de les distinguer rigoureusement. La bataille de 732 oppose des Francs carolingiens à une expédition omeyyade ; celle de 1356 oppose des armées française et anglaise-gasconne dans le cadre du conflit dynastique plantagenêt-valois.The name 'Battle of Poitiers' refers to two entirely distinct events separated by more than six centuries. The Battle of Poitiers of 1356 is a major episode of the Hundred Years' War: the English army of the Black Prince defeated and captured the French king John II the Good on 19 September 1356. The two battles have no connection other than approximate geographical proximity, and their contexts, protagonists, causes and consequences are entirely different. It is essential to distinguish them rigorously. The battle of 732 pits Carolingian Franks against a Umayyad expedition; that of 1356 pits French and English-Gascon armies in the context of the Plantagenet-Valois dynastic conflict.
Signification historique et débats historiographiquesHistorical significance and historiographical debates
La question de la « signification » de la bataille de 732 a connu des fortunes très diverses selon les époques et les traditions historiographiques. Pour Edward Gibbon, dans son Déclin et chute de l'Empire romain (1776), la défaite omeyyade évita que l'Islam ne conquît toute l'Europe : son argumentation spéculative — selon laquelle une victoire arabe aurait pu porter l'enseignement du Coran jusqu'aux rives de la Tamise — reflète autant les préoccupations de son siècle que la réalité historique. Au XIXe siècle, l'historiographie nationaliste française fit de Charles Martel un héros national, ancêtre symbolique de la « défense de la chrétienté », dans un contexte marqué par la construction des identités nationales et la rivalité coloniale franco-britannique.The question of the 'significance' of the 732 battle has known very varied fortunes depending on the era and historiographical tradition. For Edward Gibbon, in his Decline and Fall of the Roman Empire (1776), the Umayyad defeat prevented Islam from conquering all of Europe: his speculative argument — that an Arab victory might have carried the teaching of the Koran to the banks of the Thames — reflects the preoccupations of his own century as much as historical reality. In the nineteenth century, French nationalist historiography made Charles Martel a national hero, the symbolic ancestor of the 'defence of Christendom', in a context marked by the construction of national identities and Franco-British colonial rivalry.
Les historiens contemporains — notamment Henri Pirenne, puis les médiévistes du XXe siècle comme Bernard Lewis ou Peter Heather — ont adopté une lecture bien plus nuancée. Plusieurs observations tempèrent la thèse de la bataille « salvatrice » : l'expansion omeyyade en Europe occidentale avait déjà atteint ses limites logistiques naturelles ; les difficultés d'approvisionnement à grande distance, les dissensions internes au califat omeyyade (la révolte berbère de 740-742 allait gravement ébranler al-Andalus) et la résistance persistante de plusieurs régions réduisaient de toute façon la capacité d'expansion durable. L'expédition de 732 était probablement une opération de grande razzia plutôt qu'une tentative de conquête permanente. Dans ce contexte, la victoire de Charles Martel, réelle et importante, s'inscrit comme l'une de plusieurs causes de l'arrêt de l'expansion omeyyade en Occident, plutôt que comme la cause unique.Contemporary historians — notably Henri Pirenne, and later twentieth-century medievalists such as Bernard Lewis or Peter Heather — have adopted a far more nuanced reading. Several observations temper the thesis of the 'saving' battle: Umayyad expansion in western Europe had already reached its natural logistical limits; difficulties of long-distance supply, internal dissensions within the Umayyad caliphate (the Berber Revolt of 740–742 would severely shake al-Andalus), and the persistent resistance of several regions were in any case reducing the capacity for durable expansion. The expedition of 732 was probably a large-scale raid rather than an attempt at permanent conquest. In this context, Charles Martel's victory — real and important — is best understood as one of several causes of the halting of Umayyad westward expansion, rather than the single decisive cause.
La victoire de Charles Martel fut réelle et importante ; mais elle s'inscrit parmi plusieurs facteurs qui limitèrent l'expansion omeyyade en Occident, plutôt que d'en être la cause unique.Charles Martel's victory was real and significant; yet it stands as one of several factors that limited Umayyad expansion in the West, rather than being the sole decisive cause.
Conséquences carolingiennes et héritage poitevinCarolingian consequences and Poitevin legacy
Du point de vue carolingien, la victoire de 732 eut des conséquences concrètes et mesurables. Le prestige de Charles Martel en sortit considérablement renforcé. Elle légitime son emprise sur l'Aquitaine : les successeurs d'Eudes durent reconnaître la suzeraineté franque. Elle prépare également le terrain pour la montée en puissance des Carolingiens : fils de Charles, Pépin le Bref déposera le dernier roi mérovingien en 751 avec la bénédiction du pape, fondant officiellement la dynastie qui gouvernera aussi les comtes de Poitou. Son petit-fils Charlemagne sera couronné empereurs des Romains en 800. La bataille de 732 apparaît ainsi, dans la longue durée, comme l'un des jalons sur la voie de cette mutation dynastique.From the Carolingian perspective, the victory of 732 had concrete and measurable consequences. Charles Martel's prestige was considerably enhanced. It legitimised his hold over Aquitaine: Eudo's successors had to acknowledge Frankish suzerainty. It also prepared the ground for the Carolingians' rise to power: Charles's son Pippin the Short would depose the last Merovingian king in 751 with papal blessing, officially founding the dynasty that would also govern the counts of Poitou. His grandson Charlemagne would be crowned Emperor of the Romans in 800. The battle of 732 thus appears, in the long run, as one of the milestones on the path of that dynastic transformation.
Pour le Poitou, cette période marque l'intégration progressive du territoire dans l'orbite carolingienne, un processus qui allait s'approfondir avec la création du comté de Poitiers. La région avait déjà connu, en 507, la bataille de Vouillé, où Clovis avait défait les Wisigoths : le Poitou se trouvait ainsi au carrefour de plusieurs batailles décisives de l'histoire franque. L'intégration carolingienne facilita le développement des monastères, des routes commerciales et des structures administratives qui caractériseront la région durant les siècles suivants, aboutissant aux dynasties de grands ducs d'Aquitaine comme Aliénor.For the Poitou, this period marks the progressive integration of the territory into the Carolingian orbit, a process that would deepen with the creation of the County of Poitiers. The region had already witnessed, in 507, the Battle of Vouillé, where Clovis had defeated the Visigoths: Poitou thus stood at the crossroads of several decisive battles in Frankish history. Carolingian integration facilitated the development of monasteries, trade routes and administrative structures that would characterise the region in the centuries that followed, eventually giving rise to the dynasties of great dukes of Aquitaine such as Eleanor.
Sur la carteOn the map
La région de la bataille (732)The battle region (732)
La bataille se déroula entre Poitiers et Tours, dans la plaine du Clain et de la Vienne. Moussais-la-Bataille est souvent cité comme site probable par la tradition locale.The battle took place between Poitiers and Tours, in the plains of the Clain and Vienne rivers. Moussais-la-Bataille is often cited as the probable site by local tradition.
Questions fréquentesFrequently asked questions
Pourquoi cette bataille s'appelle-t-elle parfois « bataille de Tours » ?Why is this battle sometimes called the 'Battle of Tours'?
Les historiens anglophones ont souvent préféré « bataille de Tours » car Tours était la ville symbolique la plus proche du nord, et certaines sources mentionnent la région de la Loire. Les historiens francophones retiennent généralement « bataille de Poitiers » car Poitiers est le repère géographique le plus ancré dans la tradition. Les deux noms désignent le même événement d'octobre 732.English-speaking historians have often preferred 'Battle of Tours' because Tours was the most symbolically prominent nearby city to the north, and some sources mention the Loire region. French-speaking historians generally use 'Battle of Poitiers' since Poitiers is the geographical landmark most firmly embedded in tradition. Both names refer to the same event of October 732.
La bataille de 732 a-t-elle vraiment « sauvé » l'Europe de l'islam ?Did the 732 battle really 'save' Europe from Islam?
Cette thèse, popularisée par Gibbon au XVIIIe siècle et reprise par l'historiographie nationaliste du XIXe siècle, est aujourd'hui considérée comme largement exagérée par les médiévistes. L'expédition de 732 était probablement une grande opération de razzia plutôt qu'une conquête planifiée. Les difficultés logistiques, la révolte berbère qui éclata en 740-742, et les limites de l'expansion omeyyade auraient de toute façon freiné toute progression durable vers le nord.This thesis, popularised by Gibbon in the eighteenth century and taken up by nineteenth-century nationalist historiography, is today considered largely exaggerated by medievalists. The expedition of 732 was probably a large raid rather than a planned conquest. Logistical difficulties, the Berber Revolt that broke out in 740–742, and the limits of Umayyad expansion would in any case have curtailed any lasting northward advance.
Qu'est-il arrivé à Abd al-Rahman al-Ghafiqi ?What happened to Abd al-Rahman al-Ghafiqi?
Abd al-Rahman al-Ghafiqi fut tué au combat lors de la bataille. Sa mort, attestée aussi bien par les sources franques que par les sources arabes, désorganisa l'armée omeyyade et précipita sa retraite. Il était gouverneur d'al-Andalus depuis peu et est souvent présenté dans les sources arabes comme un chef courageux et habile.Abd al-Rahman al-Ghafiqi was killed in combat during the battle. His death, attested by both Frankish and Arabic sources, threw the Umayyad army into disarray and precipitated its retreat. He had only recently become governor of al-Andalus and is often portrayed in Arabic sources as a brave and skilled commander.
Quelle est la différence entre la bataille de Poitiers de 732 et celle de 1356 ?What is the difference between the Battle of Poitiers of 732 and that of 1356?
Ce sont deux batailles entièrement différentes. Celle de 732 oppose les Francs carolingiens de Charles Martel à une expédition omeyyade. Celle de 1356 est un épisode de la guerre de Cent Ans, où l'armée du Prince Noir défait et capture le roi de France Jean II. Les deux événements n'ont en commun que la proximité géographique approximative autour de Poitiers.These are two entirely different battles. That of 732 pits the Carolingian Franks of Charles Martel against a Umayyad expedition. That of 1356 is an episode of the Hundred Years' War, in which the Black Prince's army defeated and captured the French king John II. The two events share only approximate geographical proximity near Poitiers.
Peut-on visiter un site commémoratif de la bataille de 732 ?Can one visit a commemorative site for the 732 battle?
La commune de Moussais-la-Bataille (Vienne), au nord de Poitiers, porte un nom évocateur et est souvent désignée par la tradition comme le site probable du combat. Il n'existe pas de monument national dédié à la bataille, mais Poitiers possède plusieurs musées et la basilique Saint-Hilaire qui sont associés au contexte de cette période carolingienne.The commune of Moussais-la-Bataille (Vienne), north of Poitiers, bears an evocative name and is often identified by tradition as the probable battle site. There is no national monument dedicated to the battle, but Poitiers has several museums and the basilica of Saint-Hilaire that are associated with the context of this Carolingian period.
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